Accessibilité des interfaces complexes pour les utilisateurs non-voyants

Contexte

Actuellement, une personne qui a un handicap visuel telle qu’elle est empêchée d’avoir un accès visuel aux documents (page web, document pdf, manuel scolaire électronique, etc.), utilise pour y accéder une application logicielle appelée lecteur d’écran qui permet de redonner un accès à une partie des informations visuelles affichées à l’écran. Le lecteur d’écran peut être couplé à 2 types de périphériques de sortie : une plage braille qui permet un affichage dynamique de l’information textuelle sous une forme tactile et/ou une synthèse vocale qui permet un accès audio aux documents.

Si ces technologies d’assistance se sont considérablement améliorées, les lecteurs/utilisateurs non voyants (NV) continuent de rencontrer des difficultés pour accéder à l’information. Ces difficultés peuvent se traduire par un temps très long investi pour atteindre le but, voire une impossibilité d’atteindre le but poursuivi, et/ou par une insatisfaction très élevée (Lazar et al. 2007 ; Leporini and Paternò 2008 ; Power et al. 2012).

Avec l’évolution du web, les interfaces se sont considérablement complexifiées pour devenir des interfaces riches (Giraud, 2014), c’est-à-dire qu’elles ne se contentent pas de présenter de l’information mais offrent des modalités d’interaction riches et variées. Ainsi, l’accessibilité numérique ne renvoie pas seulement à la question de l’accessibilité des contenus mais aussi à celle des fonctions de navigation et plus largement celle des fonctions d’interaction associées à un document numérique. Sur le plan sociétal, compte tenu de la place qu’occupe le numérique dans toutes les sphères de la vie d’un individu, il est clair que la possibilité de réaliser un certain nombre de tâches à l’aide du numérique (e.g., faire une demande d’allocation chômage, trouver, lire et comprendre une offre d’emploi, acquérir des connaissance dans le cadre d’une formation professionnelle à distance, réserver un billet de train ou d’avion etc.) est déterminante pour l’insertion professionnelle et sociale des individus (Buaud, Roussel, Burger, & Archambault, 2001). Or, de ce point de vue, les chiffres sont éloquents et attristants : les personnes ayant un handicap visuel (1 français sur 1000 dont 15000 ont appris le Braille ; et 7000 seulement le pratiqueraient. De plus, le vieillissement de la population augmente mécaniquement le public NV) ont globalement un niveau de qualification moins élevé que la population générale et la moitié des aveugles français serait au chômage (Libération du 5 janvier 2016). Ainsi, l’accessibilité est considérée comme une « condition d’autonomie et un levier majeur d’inclusion » (Folcher & Lompré, 2012, p. 92).

Objectifs

L’information Web se caractérise par une logique multi-application, multitâche, multi-objet et une structuration visuelle marquée (Giguet & Lucas, 2012). Les technologies peinent à fournir aux utilisateurs ayant un handicap visuel des équivalents à des configurations d’informations structurées en mises en page complexes. Pourtant ces propriétés, dites de Mise en Forme Matérielle (MFM), permettent des stratégies de lecture non séquentielle ; de plus, des travaux récents en linguistique et psycholinguistique confirment qu’elles sont porteuses de sens et contribuent à rendre un texte écrit plus compréhensible (Lemarié, Lorch, Eyrolle & Virbel, 2008 ; Virbel 2015 ) ; d’autres travaux ont mis en évidence que l’absence de restitution de ces propriétés de MFM porte atteinte à la compréhension des textes oralisés automatiquement chez les utilisateurs voyants (Lorch, Chen, & Lemarié, 2012 ; Sorin, 2015) et non voyants (sorin 2015). La problématique de la thèse porte sur la transposition non visuelle de ces possibilités inhérentes au support écrit. Dans ce contexte, l’objectif général du travail est de contribuer à l’amélioration de l’accessibilité des applications interactives utilisant des interfaces complexes pour des lecteurs/utilisateurs non voyants.

Si de nombreux travaux en informatique ont permis d’améliorer la couverture et la qualité de la restitution tactile ou audio de dispositifs spécifiques tels les tableaux (Cofino, 2014), les formules mathématiques (Awde, 2009 ; Murphy, 2010), les graphiques comme par exemple les cartes géographiques (Brock, 2015), les formes géométriques simples (Gapenne et al. 2003 ; Pietrzak 2008) ou plus largement les structures visuelles des textes (Sorin, 2014), les limites potentielles de cette approche sont de placer l’utilisateur dans une posture passive délétère pour maintenir un engagement cognitif dans le traitement de l’information et également d’alourdir la quantité d’informations transmises, alors même que les modalités tactiles et audio, imposant un accès séquentiel et non pérenne à l’information, imposent un coût cognitif important.

L’objectif principal du projet de thèse est de proposer des solutions pour aider un utilisateur no voyant dans des fonctions de lecture, de navigation, de recherche d’information et de prise de décision dans une tâche d’interaction avec des documents « hypertextuels ». L’étude portera sur l’application de billetterie et de réservation électroniques du système Amadeus (http://www.amadeus.com). Le corpus peut être ainsi vu comme un espace multidimensionnel où chaque dimension est constituée par une image de page représentant son architecture et où les différentes images de page entretiennent des relations de différentes natures.